RAP
Frs Taga

FRS TAGA, dans le civil, s’appelle Robin Conche. Né à Saint-Étienne, il grandit à L’Hôpital-le-Grand, village anonyme. Le mur, il l’a pris avant même de naître. Né du mauvais côté du capitalisme, il aurait pu sombrer dans l’aigreur ou le misérabilisme. Mal le connaître. L’ennui, moteur de création ? “Bien sûr ! Fils unique élevé par mon père, on a grandi dans une caravane, j’étais assez confronté à la solitude, j’ai toujours eu du mal socialement avec les gens, l’imaginaire a donc joué un rôle primordial. Je me suis façonné comme ça”. 

 

 

FRS TAGA donne dans le rap. Un rap sans concession, qu’on écoute parce que tous ses mots sont exactement à leur place. “Depuis tout petit, j’ai toujours écrit. Je tenais un journal de bord. À l’école, j’adorais les rédactions. C’est mon père qui m’a transmis l’amour des mots. Venant de la classe ouvrière, il a toujours voulu qu’on s’extirpe de notre condition grâce aux mots. Je suis quelqu’un de très sensible et dans l’introspection. Plutôt dans la contemplation. J’avais besoin d’écrire pour extérioriser ce que je n’arrivais pas à dire. Pour finalement écrire mon premier livre édité, L’Usine qui raconte mon expérience à l’usine (et qui sortira en novembre en même temps que son premier EP chez Tie-Break)… ”  Il rate deux fois de peu son Capes de philosophie. “Ça m’a saoulé et je suis parti directement à l’usine”. En autodidacte, il apprend les bases du piano et de la guitare. Même s’il ne vient pas du punk, Robin a développé un esprit véritablement DIY. Faire les choses par soi-même sans rien attendre des autres. Et voir où nous mènent nos actions. La beauté du geste. “Mon grand-père allait à la mine, mon père à l’usine, tout ce combat social est ancré en moi, fortement. Je refuse d’accepter, je refuse la fatalité. Le but de la vie, c’est le combat, l’idée même du combat, peu importe la finalité. C’est se battre pour sa vérité, ses convictions.” C’est un prolétaire, ce mot qui a disparu des médias mais pas de la carte, ni honteux ni soumis. Lucide. Fort. Passionné, fuyant le nihilisme.  “À l’âge de 10 ans, mon demi-frère me donne le CD de Noyau Dur, le groupe d’Ärsenik, Pit Baccardi et Neg’Marrons. Et tous les matins, il écoute du Booba. Je me prends les paroles dans la gueule et je trouve ça génial. Avant, j’écoutais de la chanson française, Aznavour, Brel, Brassens, Mylène Farmer. J’aime beaucoup Nirvana aussi. Vers 17 ans, je tombe sur Sexion d’Assaut et L’Entourage et là, je me suis dit que je devais m’y mettre. Et je m’y mets. Avant, je croyais qu’il fallait avoir fait de la prison pour faire du rap (rires).” Il écrit donc. Avec quelques potes. Il part à la fac. Là, il rencontre un mec qui rappe. Le loisir devient autre chose. Plus sérieux, plus fréquent, plus intense. Sa chose. Son premier groupe s’appelle Haribeuh “parce qu’on avait une boîte de bonbons Haribo dans laquelle on mettait notre herbe. Mon nom vient donc de là…”. Il aurait pu en changer de nom. Mais non. Fidèle aussi au passé, à ce qui a été quand il n’y avait rien. Plus tard, il y a le le groupe Narcollectif, avec James Loup. Il sort plusieurs projets dont “Premier Échec”, un album, “Quoiqu’on fasse, nos mères pleurent” un EP (aussi le titre d’un documentaire formidable réalisé par son pote James Loup en 2021) ou encore “Dans mon coffre”, mixtape regroupant tous ses freestyle postés sur Instagram. Booba en valide plusieurs et partage. “Ça a été comme un accélérateur. Avant ça, je partageais peu mon travail, je ne faisais quasiment pas de promo…” 

 

FRS TAGA rappe les invisibles, les oubliés, les esclaves modernes, ceux qui font marcher la France malgré des salaires et des conditions de travail dégueulasses. Ceux qu’on a applaudis à nos fenêtres à 20 heures et qu’on termine cyniquement à coups de lois scélérates. Il rappe l’impossible, cette lutte des classes qui ne dit jamais son nom à l’heure de l’avidité reine. “Mes sons ? J’aime quand ça pique le coeur, en bien comme en mal. J’aime quand les gens se sentent concernés, qu’ils se reconnaissent, qu’ils se retrouvent et qu’ils réfléchissent. Qu’ils comprennent quelque chose sur eux-mêmes qu’ils n’avaient pas vu…” Son EP chez Tie-Break sortira donc cet automne. En attendant un album, “Dernier Échec”. Histoire de boucler la boucle. “J’ai choisi ce titre parce que j’en ai marre d’échouer (rires)”. Il pourrait faire sienne la phrase de Mao “de défaite en défaite jusqu’à la victoire”. Sa musique est rap parce que le rap est la musique de sa génération mais il ne s’interdit rien. Déjà, sur des titres comme “Intro”, on devine chez lui le désir d’édifier des structures sonores hybrides, où le punk, le rock, la pop, la synthwave et plein d’autres choses auront un jour droit de citer. Avant de partir, il tient à citer ceux qui l’ont aidé, accompagné : James Loup, un des premiers à y avoir cru, Robin, le beatmaker sur l’EP, alias Von Goc, Samy, Jimmy, ami d’enfance qui a toujours été là. Juste derrière, il a cette phrase admirable : “On est insignifiant et tout le monde se croit important, je ne comprends pas…” Et alors que le monde semble s’effondrer sur lui-même, sa musique rappelle qu’il n’y a que les salauds qui se satisfont du pire. Les lendemains ne chanteront peut-être pas mais avec ses titres comme bande-son, les barricades auront de la gueule.